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La devise et le drapeau

lundi 27 mai 2013, par jacky hérigault

À la une de mon journal préféré ce matin : "Les écoles devront afficher le drapeau tricolore et la devise républicaine". Rien à redire bien sûr si ces bâtiments sont au service de notre Éducation nationale, si la vue du drapeau national aide à la cohésion de la société et si la proclamation réitérée de trois mots tenus pour magiques contribue à la lutte contre les incivilités.

On peut craindre pourtant que le pavillon national ne soit un chiffon rouge supplémentaire agité sous les yeux des bandes de voyous si promptes à investir les manifestations pour casser du keuf, enfoncer les cimetières pour casser du bourgeois, battre la campagne pour casser du pédé, bref, se répandre n’importe où pour casser n’importe quoi et n’importe qui pourvu que ça ait de l’importance pour quelqu’un.

On peut craindre aussi que la devise de la République ne soit vue comme un mauvais graffiti par ceux pour qui la seule liberté qui vaille est la liberté confisquée aux autres, qui ne vivent l’égalité que s’ils sont plus égaux que les autres et dont la fraternité est celle du clan. Malheureusement, les "ceux" visés ici ne se trouvent pas que dans les quartiers difficiles, et les zones de non-droit ne sont pas que des surfaces délimitées par des rues : les exemples mauvais jaillissent de partout sous les fenêtres des écoles, y compris d’endroits où le garde-à-vous devant le drapeau bleu-blanc-rouge est de rigueur.

Et puis, et puis ... "la devise et le drapeau" résonne un peu comme "la croix et la bannière" ; il peut sembler étonnant qu’un pays qui se déclare laïque pur et dur cherche à se coloriser ainsi de religiosité. Baptêmes civils, mariages pour tous, cérémonies funéraires, fêtes nationales, cours de morale laïque ... ce que la Révolution française a initié sans pouvoir l’imposer à l’époque des Églises puissantes s’installe au rythme de leur relatif effacement. Nos législateurs pensent peut-être que, la nature ayant horreur du vide, il convient de remplacer dare-dare les manifestations de croyances évanescentes sous peine de voir le peuple lui échapper. Remplacer les manifestations ; pour les croyances, par bonheur ou non, c’est une autre paire de manches.

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