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Appel muet

lundi 15 juillet 2013, par jacky hérigault

J’ai encore perdu. Les randos avec mon copain commençaient à me peser grave. J’adore les randos et j’aime bien mon copain, mais sortir en rando avec mon copain, c’est pas de la tarte : sa tchatche un peu soaûlante nuit à ma méditation pédibusienne, à ma communication sensorielle avec les quatre zéléments [1], bref, à l’état de mon âme en situation d’immersion profonde. Pourquoi ne pas le lui dire ? Bien sûr que je me suis posé la question que vous devez vous poser comme tout bon cartésien en pleine possession de ses moyens. Peut-être parce que je me dis que sa vérité à lui est dans sa logorrhée justement et que je ne vois pas de quel droit j’irais contre. Peut-être aussi parce que je devrais plutôt m’enquérir des fondements de ma vérité à moi : pourquoi randonner à deux si c’est pour investir une sorte d’état de lévitation non communicante, ou du moins sans communication telle que souhaitée par mon copain ? La réponse à la question a donc été de ne rien dire en me disant que mon copain passerait bien un jour en mode écoute et percevrait le côté désagréable de son verbiage débridé, puis, le switch ne se produisant pas, de le bouder pendant des périodes plus ou moins longues dans l’espoir de le pousser à l’interrogation,d’une part, pour faire une pause dans ma vaine attente de rando idyllique, d’autre part. Plutôt le renoncement que la déception, en quelque sorte.

J’ai encore perdu. Au sortir d’une de ces pauses voulues à la fois reposantes et stimulantes, si longue que j’ai craint quelque fâcherie durable, chemins creux et sentiers côtiers résonnent toujours autour de nous des mots dispersés à la ronde, sans questionnement aucun après mon appel muet. Serait-il préférable de dire, même mal, même au grand risque de l’incompréhension ?

Notes

[1] terre, air, eau, feu, comme chacun sait

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