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Tartinade

lundi 2 septembre 2013, par jacky hérigault

Dans le même temps, un ami vient de m’apprendre qu’il adhérait à une association de défense d’une église menacée de transformations profondes par le maire de la petite ville où elle est située, et mon journal préféré fait état de la soumission au vote citoyen du choix entre la destruction et l’entretien onéreux de l’église d’un petit bourg breton.

Moi, vous me connaissez, il ne m’en faut pas beaucoup plus pour que j’en fasse tout une tartine ...

Le fond de la tartine, le support, c’est qu’il ne faut pas s’interdire de penser que la modification ou la destruction d’une église soit possible. Certes les églises ont été construites par et pour le peuple et font donc partie du patrimoine, mais si même les plus hautes falaises tombent inéluctablement à la mer, pourquoi faudrait-il que les oeuvres humaines soient éternelles ? Certes les églises exposent une culture qui a façonné les esprits des générations qui nous ont précédés et dont nous ne serons jamais totalement dégagés, mais, fuite en avant moutonnière oblige, les jeunes générations n’ont plus les clefs pour la comprendre.

Pourquoi donc divertir un argent public de temps de vaches maigres pour la sauvegarde de livres décatis ouverts devant une majorité d’analphabètes ? Les besoins du présent et la préparation de l’avenir ne méritent-ils pas davantage d’attentions que l’entretien d’un passé évanescent ?

Ce sont ces points d’interrogation que tente de recouvrir la confiture sur la tartine. À défaut de se pratiquer, une église peut se visiter avec gourmandise. Les gargouilles souvent étonnantes, les chapiteaux parfois surprenants, les tympans et les vitraux qui disent l’histoire et racontent des histoires, les stèles, les confessionnaux, les chaires aux marches creusées, au bois marqué par des siècles de service. On peut tenter de lire le livre même si les caractères s’estompent, même si on a perdu le sens des mots ou même si ces mots sont devenus ceux d’un autre monde. Précisément pour ces raisons : on perçoit peut-être mieux l’océan dans lequel on n’est pas en immersion claire, violente et suffocante.

Alors ? Alors la tartine est délicieuse tant qu’il ne s’agit pas de toast au caviar. Certaines dépenses gigamétriques sont d’autant moins justifiées qu’elles effacent le temps sur la pierre ou qu’elles luttent vainement contre la déchéance. Certaine cathédrale fraîchement libérée des échafaudages peut faire penser à une sexagénaire liftée en teenager : l’authenticité s’est perdue sous le fard. Certaine autre est sous perfusion depuis sa construction : ne conviendrait-il pas de débrancher ?

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