mamimadi
Accueil du site > les humeurs > La chemise sous la veste

La chemise sous la veste

lundi 17 février 2014, par jacky hérigault

L’homo modernicus est versatile de nature : les hommes politiques ont tendance à retourner leurs vestes quand le vent tourne et nous-mêmes à changer d’avis comme de chemises dès qu’elles ne nous conviennent plus. Changer d’avis, pas d’opinion : nous nous accrochons davantage aux grandes idées alors même que nous ne devrions pas qu’aux petits choix, petites décisions de la vie quotidienne.

Ne trouvez-vous pas ?

Perso, j’aime bien me lever avec le programme de mes activités de la journée dans la tête, c’est même la présence de ce programme délicatement installé pendant mon sommeil qui me pousse - que dis-je ? me jette - hors du lit. Quand vient l’heure de la rétrospective, la tête à nouveau posée sur l’oreiller, je constate souvent qu’en dehors des rendez-vous obligés, l’improvisation l’a emporté sur la pseudo-planification. Des exemples ? Vu la météo, je me suis occupé du jardin plutôt que de mon atelier ; tous comptes faits, j’ai acheté ce frigo-ci plutôt que celui-là ; finalement, je suis resté devant l’excellente émission proposée par ma télé plutôt que d’aller voir ce non moins excellent film qui passera encore demain. And so on, et tout à lavement ...

Même bien installé dans la routine quotidienne, parfois, souvent, de temps à autre, régulièrement, je me dis qu’il faut que ça change, qu’il serait bien de faire autrement, que je ne peux pas continuer comme ça, que pourquoi ne pas essayer ... et puis, tout aussi régulièrement, au bout d’un certain temps de nouvelle pratique je me dis que c’est pas mieux qu’avant, que ça ne sert à rien, qu’il faut voir ... Les exemples sont nombreux, n’est-ce pas ? Allez, on peut se passer de pain, fut-il le meilleur de la région, se passer de vin, fut-il de l’excellent bordeaux ... Bien sûr ... Mais le plaisir a besoin d’alimentation lui aussi, raisonnablement ! Qu’il est rasoir ce rasage quotidien ! Pourquoi ne pas le passer en hebdomadaire ? C’est dans l’air du temps, les hommes publiques de tout poil s’affichent désormais avec une barbe de trois jours permanente ... Pourquoi pas ?... Mais c’est qu’il prendrait la tête ce rasage hebdo, le poil est long, le rasoir s’encrasse et le raseur enrage !

Il me semble que souvent, la raison du changement d’avis tienne moins dans la teneur de l’avis que dans le changement lui-même. On change d’avis pour le seul plaisir de changer. Sinon, pourquoi modifierais-je aussi régulièrement par exemple la disposition d’un bureau que j’ai organisé avec amour et raison il n’y a pas si longtemps, pensant avoir alors trouvé le meilleur compromis dans les domaines du confort, de l’ergonomie et de l’efficacité ? Pourquoi zappe-t-on (petits petons) non moins aussi régulièrement mais beaucoup plus fréquemment, d’une mauvaise émission délibérément choisie pour meubler un temps d’ennui en période de grande fatigue, à une autre émission qu’on sait d’avance aussi mauvaise ? 

Changer d’avis peut donc être un plaisir. Il est un plaisir quand il vient de l’intérieur, sans contrainte. Les retournements de veste politiciennes sont perçus par leurs auteurs comme obligés pour leur carrière ou leur survie politiques ; il peuvent y trouver du plaisir mais il est permis d’en douter. L’homo modernicus, dernier maillon provisoire de la chaîne darwinienne, a peut-être trouvé dans la pratique de la versatilité une des nombreuses conditions nécessaires à sa survie dans le chaos spacio-temporel ? Bof !...

 

 

Un commentaire ?