mamimadi
Accueil du site > les humeurs > Crèchi-crècha

Crèchi-crècha

lundi 22 décembre 2014, par jacky hérigault

Noël ! C’est Noël ... Avec avec la majuscule qui convient aux événements importants et uniques. La Révolution, l’Armistice - celui de la Grande Guerre -, la Libération, ... Heureux ou malheureux, parfois les deux ensemble selon les points de vue, réels, inventés ou simplement déformés, généralement enjolivés ou enlaidis par la mémoire du peuple et ses besoins d’identification ou pour la mémoire du même peuple et ses besoins de cohésion, ces événements majuscules font partie de l’Histoire reconstituée dans la tête de chaque citoyen, qu’il le souhaite ou non.

Noël vient de loin, comme chacun sait. De bien plus loin que les deux millénaires dont certains veulent aujourd’hui effacer les traces. De l’époque très lointaine où nos anciens, très anciens, qui n’étaient pas plus bêtes que nous mais étaient sans doute plus attentifs aux infimes variations de la nature, fêtaient le lent ré-accroissement du jour après le solstice d’hiver [1]. Fort à propos comme bien souvent, la chrétienté s’est emparée de la célébration du renouveau païen pour en faire le support de son renouveau à elle (IIIème siècle, en gros), renouveau qui prend corps sous la forme d’une naissance, progressivement fêtée autour de la crèche (XIIIème siècle, en gros, encore), puis la présence pas trop catholique du Père Noël (XIXème siècle, en gros, toujours).

Aujourd’hui, le Père Noël, des milliers de Pères Noël ont majoritairement remplacé Dieu le Père dans cette affaire et des millions d’enfants ont pris la place de l’Enfant Dieu dans le rôle de rois de la fête. On peut s’en satisfaire ou le regretter, mais même les plus prosélytes du laïcisme, même les plus addicts du consumérisme devraient s’attacher à conserver ce témoin des croyances passées et encore plus ou moins clairement présentes qu’est la crèche de Noël. Parcourir les nefs des cathédrales ou discourir devant une représentation de la Nativité, c’est se pencher sur les convictions humaines, et, si le devoir de mémoire fait désormais partie du vocabulaire politiquement correct, le droit de mémoire devrait bien en être le pendant obligé . Non ?

PS :

Il est bien entendu que tous les lieux de l’espace public ne sont pas adaptés, tant pour le devoir de mémoire (flamme sous l’Arc de Triomphe en souvenir du Soldat inconnu ou Mémorial sur les quais de Nantes pour celui de la Traite négrière, par exemple), que du droit à la mémoire hypothétique. Mais, du fait justement de l’Histoire française, les sphères religieuses et laïques s’interpénètrent largement (confer les monuments aux morts dans nos cimetières et autres plaques commémoratives dans nos églises, par exemple)

Un sondage de ces derniers jours (mais que vaut-il ?) donne 71% de Français favorables à l’érection de crèches de Noël dans les lieux publics [2]

Notes

[1] cette année, le solstice aura lieu dans la nuit du 21 au 22 décembre, à 00h03min01s très exactement ; surveillerez-vous son passage ?

[2] peut-être également 71% de Français favorables à l’augmentation du nombre de crèches tout court dans les espaces urbains ? :-)

Un commentaire ?