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Brèves igNobles

lundi 22 septembre 2014, par jacky hérigault

Tout à fait par hasard, je me suis replongé dans la lecture de quelques "brèves de comptoir", avant que le film ne soit sur les écrans et dans l’ignorance même qu’un film était "sous presse". Je n’irai vraisemblablement pas voir et entendre les soixante-treize comédiens réciter les sentences de bon sens ou de pure bêtise relevées par l’ethnologue attitré des bars parisiens (enfin, je crois), je préfère en savourer le texte, prendre le temps d’en mesurer la profondeur humaine ou la platitude tout autant humaine, imaginer le pilier de bar bafouillant sa vérité définitive, l’oeil allumé au dessus du jaune trop pâle du breuvage anisé. Des exemples ?

  • C’est bien joli de vivre de plus en plus vieux, mais j’aimerais autant vivre de plus en plus jeune.
  • Les jeux de hasard, c’est pas vraiment du hasard, c’est la chance qui fait gagner.
  • Même le jour de ma mort je croirai pas en Dieu, j’attendrai le lendemain pour être sûr.

Entre deux apophtegmes frappés au coin du bon sens aviné, j’ai zappé - eh oui, j’en suis atteint moi aussi ! - sur l’actualité dispensée par mon petit écran et je suis tombé sur la publication des résultats des prix igNobel, vous savez, ces prix décernés à des chercheurs dont les sujets de travaux font rire avant de faire, finalement, réfléchir.

  • Est-il dangereux pour la santé mentale d’avoir un chat ?
  • Étude de la réaction des rennes quand ils voient un humain déguisé en ours polaire.
  • Étude de la friction entre la peau de banane et la chaussure, puis entre la peau de banane et le sol quand on marche sur une peau de banane.
  • Quels mécanismes sont actifs dans le cerveau de ceux qui voient le visage de Jésus sur leur toast grillé ?

Un comptoir de bar n’est pas une paillasse de laboratoire bien sûr et les formules et formulations qui s’y rencontrent sont bien différentes, mais on conviendra qu’un esprit commun semble souffler dans les têtes de ceux qui les produisent, celui de la dérision fondamentale ou de l’essentiel futile. Reprenant le cours des brêves, je me suis surpris à imaginer l’intérêt que certaines d’entre elles pourrait avoir pour certains candidats à l’igNobel. Par exemple :

  • Réfléchir à rien, les vacances c’est fait pour ça ; un mois c’est pas de trop.
     
    Vaste sujet qui pose des tonnes de questions : est-il possible de "réfléchir à rien" ? Est-il vraiment impossible de "réfléchir à rien" pendant le temps de travail ? Un mois de vacances pour est-il suffisant pour cette activité cérébrale à vide ?
     
  • Il y a un seul homme qui est l’homme le plus riche du monde mais est-ce qu’il y a un seul homme qui est l’homme le plus pauvre ?
     
    Le challenge est intéressant puisqu’il faudrait d’abord définir les critères de la pauvreté avant d’établir un classement permettant de couronner l’homme le plus pauvre du monde. Et des questions de fond et de fonds : un financier endetté de quelques milliards est-il plus pauvre qu’un individu désargenté autosuffisant dans un Paradis terrestre ?
     

Un anonyme du petit blanc se serait révélé un petit matin : "Je serais chercheur, moi je saurais pas quoi chercher". Je subodore la même incapacité chez certains chercheurs couronnés par igNobel, condamnés à galérer un certain temps avant de dénicher leur problématique ... Non ?

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